Je pédalais la nuit dans les rues de mon village.
J'ai eu cette terrible sensation de solitude. Cette sensation qui m'a toujours mise mal à l'aise. Cette sensation qui rime avec peur.
Je pédalais la nuit, la gorge sérrée dans les rues de mon village.
Mais, les lampadaires de la rue principale éclairaient mon passage et me rassuraient.
Je pédalais la nuit, la gorge sérrée, mais l'estomac dénoué dans les rues de mon village.
Arrivée dans ma rue, je suis passée devant le portail du numéro 11. Il y avait un chien... Un chien minuscule au milieu de la route prêt à aboyer. "Un chien, ça ressent quand tu as peur." Cette phrase, on a dû vous la répéter beaucoup à vous aussi non ? C'est qu'elle doit être vraie. Toujours est-il que j'ai continué à rouler essayant de garder la tête haute. Le chien s'est alors écarté de mon chemin.
Je pédalais la nuit, la gorge sérrée, l'estomac dénoué, une goutte de sueur dégoulinant sur mon front, dans les rues de mon village.
Je suis entrée dans mon jardin, je suis déscendue de mon vélo, je l'ai balancé par terre. Je me suis assise par-terre. J'ai regardé par-terre. J'ai crié. J'ai pas crié à voix haute, non. J'ai crié à voix basse. J'ai crié dans ma tête. Ce soir là, je n'avais plus peur d'être seule, je n'avais plus peur du noir, je n'avais plus peur des chiens. Je n'avais plus peur de toutes ces choses concrètes, de toutes ces peurs qui s'apprennent en grandissant. J'ai plutôt crié que j'avais peur de l'avenir. Si jamais il arrivait quelque chose aux gens que j'aime, aux gens qui m'aiment. S'ils se mettaient à changer ou bien si moi même je devenais quelqu'un d'autre... C'est tout ce qui me fait réellement peur :
Ce foutu changement qui peut faire basculer toute une vie
.